À qui profite la guerre ? Aux capitalistes, pas aux travailleurs !

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a, s'il fallait encore le prouver, levé le voile sur les contradictions propres à l'impérialisme, stade le plus avancé du capitalisme. Peu sont ceux qui font le parallèle entre la crise de surproduction (aggravée par la crise du COVID) à laquelle nos pays font face et la guerre en Ukraine. Beaucoup insistent plutôt sur le soi-disant conflit politique, une forme de nouvelle guerre froide, entre d'un côté la "démocratie et la liberté", et de l'autre la "dictature autoritaire". On voudrait aussi nous vendre que la guerre serait une action irrationnelle causée par un dictateur instable en rêve de gloire et de conquête. Est-ce vraiment le cas, lorsque l'on sait que plusieurs pays de l'UE, dont la France, ont continué à vendre des armes à la Russie tout en équipant l'armée ukrainienne dans sa guerre contre les séparatistes pro-russes?



Le capitalisme c'est la guerre et les bourgeoisies impérialistes ont besoin d'armes pour maintenir les marchés internationaux sous leur domination. Ils ont aussi besoin d'en conquérir de nouveaux, lorsque ceux-ci sont saturés. Il n'est pas surprenant donc de voir l'Allemagne, la France, les États-Unis et la Russie parmi les plus grands exportateurs d'armes dans le monde. L'UE permet ainsi à ses bourgeoisies d'exporter leurs armes grâce à des partenariats économiques et militaires. L'annexion de la Crimée en 2014 et la montée des tensions entre la Russie et l'OTAN furent une aubaine pour les entreprises d'armes européennes puisque leur importation a augmenté de 19% entre 2017 et 2021 et représentait 13% des ventes mondiales. Depuis le 24 février, l'Ukraine reçoit un large soutien financier et militaire, plus de 500 millions d'euros leur ont déjà été envoyés, ce qui doit sans aucun doute ravir les Dassault, Heckler & Koch, Beretta, Glock et consorts. Mais il n'y a pas que les bourgeois de l'armement qui voient leurs profits gonfler. Plus généralement, les bourgeoisies s'ouvrent de nouveaux débouchés dans leurs marchés locaux par le biais des sanctions imposées à la Russie.


La guerre en Ukraine n'est pas, comme on voudrait nous le faire croire, une guerre politique. Les bourgeois n'ont que faire des idées politiques de leurs voisins si cela peut augmenter leurs profits. Même si depuis 2014 et la guerre dans le Donbass, la Russie est sujette à de nombreuses sanctions, des entreprises étrangères étaient toujours présentes sur le marché russe. Pire, la bourgeoisie ukrainienne maintenait encore des échanges avec la Russie tout en attisant la haine de celle-ci. Petro Porochenko, ancien président ukrainien et magnat de la confiserie, possédait encore quelques usines sur le territoire russe, ironie totale lorsque l'on se souvient de la violence dont à fait preuve son gouvernement contre les séparatistes russophones du Donbass. Mais l'hypocrisie ne s'arrête pas là! Plus récemment, le milliardaire Ihor Kolomoisky, grand soutien financier du tristement célèbre bataillon Azov et proche de l'actuel président Volodymir Zelensky, entretenait encore des liens avec la Russie, et ce, malgré le fait que son gouvernement se disait déjà en conflit avec celle-ci! Plus globalement, l'Union Européenne a également joué un double jeu, en animant régulièrement les tensions contre la Russie tout en maintenant des échanges avec celle-ci. La "transition écologique" entreprise par l'Allemagne lui impose de compenser la fermeture de ses centrales nucléaires par l'achat de gaz russe, en témoigne le projet de gazoduc "Nord Stream 2", annulé deux jours avant l'invasion de l'Ukraine.


Beaucoup d'entreprises multinationales basées en UE et aux États-Unis ont déclaré leur départ du marché russe. Si cela a pour conséquence la mise au chômage de milliers de travailleurs russes, la bourgeoisie locale se réjouit ouvertement du départ de ces entreprises, celle-ci peut à présent occuper la place laissée vacante sur son marché. Mais elle n'est pas la seule à profiter des sanctions. Beaucoup d'entreprises, notamment françaises, telles que Leroy-Merlin, Auchan, Renault et d'autres, sont cependant toujours installées en Russie, ce qui vaut d'ailleurs le mécontentement de Zelensky. Le double jeu des bourgeoisies nationales, attisant la haine pour le peuple russe tout en ne s'empêchant pas de l'exploiter, nous prouve que celles-ci n'ont pas d'attaches nationales lorsque ses profits sont en jeu. Avec l'arrêt de la vente de nombreux produits russes en Europe, la bourgeoisie européenne retrouve elle aussi des débouchés sur son propre marché.


Si les bourgeois du monde entier arrivent à y trouver leur compte, ce sont bel et bien les travailleurs de tous les pays qui en paient le prix. Nous voyons déjà comment l'inflation et la flambée des prix affectent les travailleurs de Russie. En Europe, l'explosion du prix de l'essence et du blé semblent également montrer les prémices d'une crise payée une fois de plus par les travailleurs. Et que dire des travailleurs d'Ukraine, qui chaque jour font face aux bombardements et à la mort.


La confrontation indirecte entre l'OTAN et la Russie nous montre à quel point les bourgeoisies nationales ont besoin de la guerre lorsque leurs marchés sont saturés, et qu'ils ne peuvent donc découler leur production. La guerre impacte toujours négativement la vie des travailleurs, devant systématiquement payer, parfois même de leur vie, pour enrichir la bourgeoisie de leurs pays. Alors que la bourgeoisie russe nous est présentée par nos médias comme une "oligarchie" vampirisant leur État pour s'enrichir, nos profiteurs de guerre locaux sont présentés comme des "créateurs d'emploi" ce qui leur vaut en contrepartie une aide de l'État pour maximiser leurs profits.


Ne nous leurrons pas, l'ennemi est dans notre pays avant tout!



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